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Campagne choc

Des missionnaires pour civiliser l’Afrique

Campagne choc : civilisez les petits africains !   Campagne choc : aidez-les à évoluer !

Ces scènes vous choquent ? Vous n’aimez pas ? Tant mieux ! Pourtant, il fut un temps, pas si lointain, où elles semblaient normales. Nous aimerions croire que le racisme, la haine de l’autre et la condescendance du Nord envers le Sud sont chose du passé, mais il n’en est rien.

Civitas : qui se cache derrière l'association catholique devenue un parti politique ? https://www.rtl.fr/actu/politique/civitas-qui-se-cache-derriere-l-association-catholique-devenue-un-parti-politique-7783901433 «"Messire Dieu, premier servi" Étude sur les conditions de la prise de parole chez les militants traditionalistes de Civitas https://www.cairn.info/revue-politix-2014-2-page-59.htmL’extrême droite prolifère toujours aujourd’hui, les partis nationalistes gagnent du terrain un peu partout dans le monde, le fanatisme religieux devient la norme comme en atteste l’apparition des affiches Civitas sur les campus (« contre la dictature démocratique »). Ces idéologies redeviennent « normales ». On ne s’étonne plus de voir les Lepen au second tour des présidentielles françaises, des millions d’Américains voter Trump, la Hongrie ou la Pologne glisser vers l’autocratie, la Flandre se demander si l’on peut gouverner avec l’extrême droite… On finit par ne plus oser parler religion par peur. Ces faits sont-ils plus ou moins choquants que ces vieilles photos ?

Nous aimerions croire qu’il est préférable de fermer les yeux sur ces dérives autoritaires et d’en faire de simples faits divers, mais cela revient à banaliser ce type d’actes destructeurs et infamants.

Au Service Volontaire International, organisation de jeunesse, nous considérons qu’il est essentiel de porter un regard critique aussi bien sur notre présent que notre passé, car comme l’affirmait Churchill, « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Nous n’oublions pas.

Le racisme, le fascisme et l’obscurantisme ne doivent pas devenir des banalités !

Les nations occidentales entretiennent une relation très particulière avec l’Afrique. Souvent vu comme pauvre et nécessiteux, le berceau de l’humanité attire des habitants des pays du Nord, qui se sentent investis d’une mission importante et responsables du salut des peuples africains. Ainsi, nombreux sont ceux qui partent et s’engagent pour aider ceux qui en ont le plus besoin. Bien évidemment, l’engagement est une valeur que nous défendons. Il est essentiel que le plus de personnes possible soient sensibilisées aux réels enjeux des pays africains en crise et soient conscientes de l’importance de consentir un effort collectif pour améliorer la vie de ces populations.

Mais « aider » est une notion bien plus complexe qu’elle en a l’air. Agit-on toujours pour le bien des peuples que l’on croit sincèrement soutenir ? Quelles en sont les conséquences sur le long terme ? Est-il possible, non pas par malveillance, mais par méconnaissance, de mal faire le bien ?

Observez la personne vêtue de blanc sur l’image de gauche. Il s’agit d’un membre de  la société des Missionnaires d’Afrique, une organisation fondée en 1868 par Monseigneur Lavigerie, archevêque d’Alger, dans le but d’instruire et catéchiser les enfants locaux et de fonder des villages chrétiens sur le territoire algérien. Dès la création de cette société, ses membres sont amenés à adopter les modes de vie et les coutumes du pays, et sont donc encouragés à porter le vêtement traditionnel local de couleur blanche qui leur vaudra leur surnom définitif : les Pères blancs. Très vite, ils s’étendent à travers plusieurs pays du continent africain (Soudan, Tunisie, Congo…) et élargissent leur champ d’activités (baptêmes, soins portés aux locaux, éducation…). Partout où ils passent, ils répandent la « bonne parole », instruisent les enfants, apportent leur médecine…

Mais alors, quel est le problème ? Le problème est que toutes les actions menées par ces missionnaires au grand cœur se sont toujours inscrites dans un objectif clair : évangéliser l’Afrique. Cela soutient donc l’idée selon laquelle la culture européenne (ou, dans notre cas précis, la religion catholique) serait supérieure à toutes les autres cultures et devrait être étendue à travers le monde. Cela place les Africains et les Européens dans un système d’interaction complètement inégal dans lequel les Noirs dépendent absolument des Blancs pour prospérer et se développer. Il ne s’agit donc pas d’un échange horizontal entre deux peuples, mais d’un rapport de force dans lequel un dominant impose sa culture à un dominé. Et cela n’était pas forcément fait dans une démarche malveillante. En effet, l’Église catholique avait très certainement pour dessein profond de « sauver » les peuples africains. Mais pour elle, cela passait par leur évangélisation et leur assimilation à la culture européenne.

Ce système était si ancré dans l’imaginaire collectif de la période coloniale qu’un terme fut créé pour désigner les Congolais ayant adopté le mode de vie belge : les évolués. Charmant, non ? Pour être considérés comme « évolués », les Congolais devaient être chrétiens, avoir suivi un cursus scolaire suffisamment long et, surtout, savoir parler français. En clair, étaient « évolués » ceux qui abandonnaient leur culture d’origine pour se fondre dans celle des colons. Mais les prérequis pour intégrer cette caste ne s’arrêtaient pas là : il y avait aussi des obligations très difficiles à respecter, comme avoir le gaz chez soi, ce qui était financièrement impossible pour la plupart des locaux. Les colons s’immisçaient jusque dans la vie privée des Congolais, en inspectant les habitations pour vérifier que le mobilier et la vaisselle étaient en nombre suffisant. Les maisons devaient être entretenues selon les normes et les exigences des Européens. Bref, il fallait tout faire « comme les Blancs ». Certains Congolais eux-mêmes finirent par accepter ce terme et tout ce qu’il impliquait, puisque des clubs et des associations pour « évolués » virent le jour dans les années 1940. Ces groupes donnaient accès à leurs membres à davantage de privilèges et d’opportunités d’ascension sociale que leurs compatriotes non-évolués.

Nous en avions également parlé dans un précédent article, mais cette relation de domination-soumission perdure de nos jours. Elle est notamment renforcée par les agences de volontourisme, qui proposent aux jeunes de participer à des missions dites « humanitaires ». Les personnes prenant part à ce genre de projets (comme la jeune femme sur l’image de droite) payent parfois plusieurs milliers d’euros à l’entreprise organisatrice pour aller passer quelques jours dans un pays en crise, où elles pourront alors jouer au médecin, au professeur, ou à tout autre métier requérant des compétences spécifiques qu’elles n’ont pas. Ils font ainsi de l’ombre à de vrais professionnels (souvent des locaux) qui pourraient agir bien plus efficacement.


Qu’en pensez-vous ? Considérez-vous que ces « chevaliers blancs » apportent, malgré tout, davantage de positif que de négatif aux populations locales ? Est-il possible de contribuer au développement des communautés qui en ont besoin sans les déposséder de leur identité et de leur autonomie ? Comment établir un rapport plus égal entre les différentes nations du monde ?

Nous sommes le Service Volontaire International. À travers le volontariat, nous cherchons à inciter les gens à porter un regard critique et nouveau sur le monde qui les entoure. En tant qu’Organisation de jeunesse accréditée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, notre mission est de former des CRACS : des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires.

Évoluons tous ensemble !

Sources :

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