Retour d’une volontaire SVI en Palestine
J’ai passé un mois à Hébron, aux côtés de IPYL, au cœur de la réalité palestinienne, une expérience qui a profondément transformé ma manière de voir le monde.
Être à Hébron, c’est comprendre concrètement ce que signifie vivre sous une occupation illégale israélienne : une ville fragmentée, surveillée, où chaque déplacement, chaque projet et chaque aspect de la vie quotidienne sont soumis à des restrictions permanentes. Être sur place permet de dépasser les discours abstraits pour entrer dans une réalité vécue, incarnée, profondément humaine.
Durant ce séjour, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreuses organisations locales qui œuvrent chaque jour pour soutenir la population et résister de manière non violente. Nous avons notamment découvert le travail du Croissant-Rouge palestinien, visité un hôpital d’Hébron où le directeur nous a présenté les services, les initiatives mises en place malgré le manque de ressources, et les défis constants imposés par l’occupation. Nous avons également visité le centre de réhabilitation de la vieille ville d’Hébron, un lieu essentiel pour préserver le tissu social, l’habitat et la vie dans une zone particulièrement touchée par la colonisation.
Ce séjour a aussi été rythmé par des moments simples mais profondément symboliques : être invité·e dans un centre de santé mentale, partager un barbecue, goûter la knéfeh, participer à des ateliers de broderie traditionnelle, replanter des arbres, ou encore réaliser une fresque sur un mur du centre pour rendre l’espace plus vivant et accueillant. À Hébron, ces gestes du quotidien prennent une dimension particulière : prendre soin, créer, embellir et se rassembler sont des formes de résistance.
Nous avons également vécu des moments culturels forts, comme la célébration de Noël à Bethléem, et découvert la richesse de la gastronomie palestinienne, toujours partagée avec une générosité immense. Ces instants rappellent que, malgré des conditions de vie imposées et profondément injustes, la joie, l’hospitalité et la chaleur humaine restent au cœur de la société palestinienne.
Sur le plan personnel, ce mois a été traversé par des émotions que je n’avais jamais ressenties auparavant. Écouter les récits de vies sous occupation, entendre les histoires de violences et d’injustices, mais aussi partager des rires, des silences et des moments d’absurde, crée des liens d’une intensité rare. J’ai ressenti de la colère, de l’impuissance, parfois une honte liée à mon privilège, mais aussi une immense admiration pour la dignité et la force des personnes rencontrées. Hébron n’est plus pour moi un nom sur une carte ni un “conflit” lointain : ce sont des visages, des voix, des amitiés, des moments partagés dans des conditions que personne ne devrait avoir à vivre. Ce mois marquera ma vie à jamais.
Vivre cette expérience, c’est entrer dans le quotidien palestinien, comprendre de l’intérieur ce que signifie la résilience, le sumud, tisser des liens de solidarité et soutenir, par une présence concrète, des initiatives locales qui œuvrent pour la dignité et le développement, dans un cadre sécurisé et culturellement riche.
Revenir de Palestine, c’est repartir transformée, avec la responsabilité de témoigner, de raconter, et de ne pas laisser le silence étouffer ce que j’ai vu, entendu et vécu.
Juliette C.


































































